Epargne

Qu’est-ce qu’un placement rentable ?

Vous êtes installé au restaurant où un de vos amis doit vous rejoindre. Vous êtes plutôt impatient de le voir, surtout qu’il vous a laissé miroiter un petit scoop, sans en dire plus au téléphone. L’attente n’est finalement pas si longue, votre ami arrive plein d’entrain. A peine a-t-il pris le temps de vous saluer et de poser sa veste sur le dossier de sa chaise qu’il s’exclame :

« J’ai trouvé un super plan ! »

Vous le regardez d’un air interrogateur, et il continue avec un grand sourire :

« J’ai trouvé un investissement dingue, c’est une plateforme d’investissement très novatrice sur laquelle tu peux t’inscrire. Tu transfères de l’argent, et tu as un rendement garanti de 15% par an. Un ami a ouvert son compte l’année dernière et il a eu son versement cette semaine pour la première année. J’étais dubitatif mais ça marche, et c’est garanti sans risque ! »

A lire avec la voix du code de la route 🚗 :

Dans cette situation, que faites-vous ?

  • Le regarder béatement parce que vous n’avez rien compris à son discours réponse A
  • Lui dire « c’est génial ce plan, tu as possibilité de me parrainer ? » réponse B
  • Le radier de votre liste d’amis réponse C

Vous optez pour la réponse A, cet article est sur mesure pour vous ! Si vous répondez B, cet article est aussi fait pour vous, soyez particulièrement attentifs à la deuxième partie ! Réponse C… lisez jusqu’au bout tout de même 🙂.

Si vous suivez le parcours dans l’ordre, vous avez vu dans l’article précédent qu’épargner a un impact énorme sur vos finances futures, bien plus que ce qu’on imagine intuitivement. Nous avons vu que l’argent que vous investissez n’a pas vocation à juste être préservé pour plus tard, mais à être lancé dans une trajectoire exponentielle qu’on a vu vertigineuse (avec des chatons !).

Mais alors, qu’est-ce qui fait que cette trajectoire est plus ou moins vertigineuse justement ? Qu’appelle-t-on le rendement ou la rentabilité d’un investissement ? Et qu’est-ce qu’un bon rendement ?

La notion de rentabilité : plus de chatons font plus de chatons

Avec des chatons, l’idée est très intuitive, voire évidente : pour qu’une population de chatons grandisse plus vite, il suffit que chaque chaton fasse plus de chatons. Mais encore une fois, avec seulement l’intuition, on ne se rend pas compte à quelle vitesse l’écart se creuse. Voyez par vous-même la différence d’évolution entre d’une part une population de chatons qui font 3 chatons chacun par an, et d’autre part une population qui en fait 4 par chaton :

3 chatons par an :

4 chatons par an :

Encore une fois le scénario est totalement imaginaire, mais la force de l’exponentielle est vraiment frappante sur ces quelques exemples et permet de marquer les esprits.

Revenons maintenant à votre épargne, en replaçant les chatons par de l’argent. Le paramètre qui va faire que la trajectoire de votre investissement sera plus ou moins spectaculaire est donc la quantité d’argent que va produire votre argent. C’est ce qu’on appelle le taux de rentabilité ou le rendement. On l’exprime en % : si 100€ placés rapportent 5€ par an, vous avez un rendement annuel de 5% sur votre placement.

💡 Remarque importante : pour que la trajectoire soit effectivement exponentielle, on a vu que les revenus de votre investissement doivent à leur tour rapporter des revenus. Cela suppose donc que lorsque vous récupérez 5€ de vos 100€, ces 5€ sont à leur tour investis au même rendement.

Votre ami vous a donc parlé d’un investissement avec un rendement annuel de 15%. Vous savez maintenant exactement ce que cela signifie. Mais pour autant, est-ce un bon ou un mauvais plan ?

Nouveau paradigme : le risque et la rémunération

💡 Petite parenthèse sur ce qu’on introduit dans ce paragraphe : un paradigme est une représentation, une vision des choses qui permet de comprendre ou interpréter ce qui nous entoure. Par exemple, quand on dit que le temps c’est de l’argent, cela n’a rien d’un théorème ou d’une vérité absolue. C’est plutôt une façon d’interpréter les choses, en mettant dans une même balance du temps et de l’argent. A travers ce prisme vous pouvez vous dire que prendre un taxi consiste à échanger du temps contre de l’argent. De même pour vous faire livrer un repas. Cela peut justifier de payer ponctuellement plus cher des produits à la petite épicerie à côté de chez vous, pour gagner du temps.

En finance on dit que le risque est rémunéré. Comme dans l’exemple précédent, on met dans une même balance le risque et la rémunération : quand on prend plus de risque avec un investissement on s’attend à (voire on exige) une rémunération plus forte.

L’exemple de l’appartement en ruines

Prenons un exemple parlant.

Vous avez prévu d’acheter pour 100 k€ un appartement qui génère 415€ tous les mois en loyer (soit 5% de rentabilité annuelle). Juste à côté, un appartement en ruines est mis en vente, qui demande environ 40 k€ de travaux, et qui pourrait se louer pour la même somme. Je dis « environ » 40 k€, parce que vous n’êtes pas à l’abri d’une mauvaise surprise, et un défaut non anticipé dans une ruine peut vite allonger le coût et la durée des travaux. Et pour chaque un mois de travaux supplémentaire c’est un mois de loyer en moins. Autrement dit… c’est un risque non négligeable !

Laquelle des deux options préférez-vous ? Que vous soyez expert en immobilier ou total débutant, intuitivement vous choisissez la première option sans même hésiter une demi-seconde : pourquoi vous embêteriez-vous, si pour la même somme déboursée, vous pouvez avoir la solution clé en main et sans le risque de surpayer les travaux ?

Maintenant, allons un peu plus loin. Que dites-vous si le prix du deuxième appartement baisse ? A 50k€ ? Puis 40 k€ ? 30 k€ ? Encore une fois, juste avec votre intuition, vous sentez que plus le prix de l’appartement baisse, plus vous êtes prêt à prendre le risque des travaux. Même si vous ne savez pas exactement où mettre la limite.

Ce que vous saisissez par l’intuition dans cet exemple peut être interprété avec le paradigme risque / rémunération : le risque supplémentaire que vous prenez en achetant la ruine ne se justifie que si vous espérez un meilleur gain, autrement dit s’il est rémunéré. Vous obtenez un meilleur rendement en payant moins cher le deuxième appartement :

L’exemple du prêt bancaire : l’exemple dont vous êtes le placement

Un autre exemple est le prêt bancaire : selon les critères de la banque, à profil par ailleurs équivalent, un couple qui cherche à acheter un appartement est un « placement » moins risqué qu’une personne seule qui veut s’acheter une voiture. Ceci explique que :

  • Les taux des prêts à la consommation sont plus élevés que les prêts immobiliers
  • A même type de prêt un couple aura un taux plus faible qu’une personne seule

Autrement dit :

Financer la voiture d’un jeune : taux élevé

Financer la maison d’un couple : taux plus faible

Pour vos investissements la même logique s’applique : d’une manière générale que ce soit dans l’immobilier, les actions, les obligations ou autre placement, plus vous chercherez de rentabilité, plus vous devrez prendre de risque.

Le choix juste du placement ne consiste donc pas à trouver le placement le plus rentable, mais de trouver le bon équilibre entre la rentabilité que vous souhaitez et le risque que vous êtes capable d’assumer. Un professionnel de l’investissement va chercher à trouver le meilleur rendement possible pour un niveau de risque donné (article à venir).

💡 Ce paradigme marche plutôt bien dans beaucoup de situations en dehors des placements et de la finance : un employeur est prêt à payer plus cher quelqu’un qui a déjà fait ses preuves car il réduit son risque d’avoir un mauvais employé. Vous êtes prêt à payer plus cher une voiture qui a toutes ses factures d’entretien car elle réduit le risque de panne. Encore une fois, c’est une façon d’interpréter les choses (on pourrait très bien trouver une autre explication).

Quelques ordres de grandeur

Voici quelques ordres de grandeur pour illustrer ces propos :

  • Livret A : le dépôt est garanti, vous ne prenez aucun risque, vous avez la plus basse rémunération possible : 0.50%. En réalité aujourd’hui le livret A vous fait perdre de l’argent
  • Fonds en euro dans une assurance vie : le capital est garanti par l’assureur ou la banque chez qui le contrat est souscrit, mais en conséquence le rendement faible de l’ordre de 1%
  • Obligations d’entreprise : l’entreprise vous emprunte de l’argent à un certain taux et elle est tenue de vous rembourser avec intérêts. Votre seul risque est que l’entreprise fasse faillite. Même dans le cas d’une faillite, vous avez plus de chances d’être remboursés qu’un actionnaire. Votre rendement sera de l’ordre de 2-5%
  • Actions : la fourchette est vraiment très large. Vous espérez soit une valorisation de l’action, soit des dividendes, mais vous prenez le risque que l’action s’effondre et / ou que l’entreprise arrête de payer des dividendes. Investir dans des actions n’a de sens que si la rentabilité est plus élevée que les obligations.
  • Immobilier : vous espérez soit une plus-value immobilière, soit une rentabilité venant des loyers. La rentabilité locative s’étale généralement dans une fourchette de 3% (pour un emplacement prisé avec des locataires garantis comme à Paris) à 15% (si vous prenez des risques dans une zone peu prisée, avec des travaux à réaliser… )

Conclusion

Téléportation à nouveau dans le restaurant avec votre ami. Vous êtes maintenant parfaitement armé pour lui répondre. En soi, 15% de rentabilité c’est vraiment beaucoup plus que ce que vous pourriez espérer d’un placement traditionnel, et ça pourrait paraître une bonne idée. Mais si quelqu’un ose vous dire qu’il peut vous garantir une telle rentabilité sans risque, fuyez. Loin ! D’autant plus si sa tête ressemble à celle-ci (si vous le reconnaissez, faites-nous signe !) :

Qui est cette personne qui propose un placement utopique ?

Finalement parmi les réponses, la réponse C étant un peu extrême, on vous propose la réponse D : de partager cet article avec votre ami pour lui éviter de futures déconvenues 😉.

Le parcours épargne continue :
👉 Vous avez tout compris au niveau 1 : passez au niveau 2 du parcours épargne avec une notion fondamentale pour appréhender vos finances personnelles : ce n’est pas parce que vous payez quelque chose que vous vous appauvrissez
👉 Si vous suivez le parcours pratique : vous avez besoin de vous constituer un capital vite. Voici une liste d’actions (à réaliser) pour y arriver

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