Bourse

Où va mon argent quand j’investis en bourse ?

Quand on s’intéresse à la bourse pour la première fois, on a parfois quelques idées reçues. Par exemple, vous pouvez penser qu’en achetant une action Apple aujourd’hui, vous donnez de l’argent à la société. Ou penser que Total vous verse des dividendes car vous avez financé leur activité et leurs profits. C’est pourtant faux !

Alors que se passe-t-il réellement quand vous achetez des actions en bourse ? Où va l’argent ? Avez-vous réellement un impact sur l’économie ?

La plupart du temps vous achetez vos actions d’occasion

En finance on parle de marché primaire et de marché secondaire pour l’achat d’actions d’entreprise. Voilà deux grands mots pour désigner au final deux choses très simples :

  • Le marché primaire c’est le marché du « neuf »
  • Le marché secondaire est le marché de « l’occasion »

Quand vous ouvrez un compte-titres ou un PEA (article à venir très bientôt!) et que vous achetez des actions, vous opérez la plupart du temps sur le marché de l’occasion : vous achetez l’action à un particulier comme vous, et lorsque vous allez revendre l’action, ce sera toujours à un autre particulier qui la rachètera.

C’est exactement comme si vous achetiez une table Ikea d’occasion sur Leboncoin, et que vous la revendiez plus tard. A aucun moment Ikea ne touche votre l’argent. La table peut être échangée des centaines de fois sur Leboncoin, l’argent n’ira jamais au fabricant. Le seul moment où Ikea encaisse de l’argent, c’est au moment où la table est vendue neuve.

Seul le marché du "neuf" permet de financer l'économie réelle.

Mais alors, qu’est-ce qu’une vente d’actions « neuves » ? Quand l’argent des investisseurs sert-il réellement à l’entreprise ?

Seul le marché du neuf permet de financer l’entreprise

Pourquoi des actions ?

Il faut commencer par le commencement. Pourquoi des actions ? Quel est l’intérêt de diviser la propriété de son entreprise et la distribuer ?

Prenons un scenario : vous décidez de monter une entreprise de vente de crevettes à domicile, et vous avez besoin d’argent pour acheter une glacière. Une solution est de convaincre des investisseurs de la pertinence de votre projet pour qu’ils vous donnent de l’argent. Ces personnes ne vous aident évidemment pas pour la gloire : en contrepartie, vous allez leur donner un morceau de la propriété de votre entreprise. Tout le monde est gagnant car cet accord vous permet de développer votre entreprise, et lorsque vous serez le leader mondial de la vente de crevettes à domicile, les investisseurs posséderont (par exemple) 10% d’une entreprise qui vaudra des millions.

Le financement de l’entreprise

C’est cette opération qu’on appelle une augmentation de capital (vous avez certainement déjà entendu le terme) : vous émettez (ou créez) des nouvelles actions que vous échangez contre de l’argent. Cet argent vient dans les caisses de votre société, ces actions « neuves » permettent donc de réellement financer l’entreprise.

Notez que ce besoin de financement ne se limite pas qu’au démarrage de l’entreprise : régulièrement, à différents stades de votre développement, vous pourriez à nouveau avoir besoin d’investisseurs pour de nouvelles levées de fonds, autrement dit des nouvelles émissions d’actions « neuves ». Ces rentrées d’argent permettront par exemple d’acheter plus de glacières, de recruter des équipes, investir dans la communication, vous développer à l’international…

Nous comprenons donc que seul le marché primaire, ou l’achat d’actions « neuves », permet de financer et de contribuer à l’activité de l’entreprise. A ce stade vous vous demandez certainement : quel intérêt alors de s’échanger des actions « d’occasion » entre particuliers ? Est-ce de la pure spéculation ?

Mais alors, quel intérêt d’acheter des actions d’occasion ?

Le marché des actions d'occasion serait-il seulement spéculatif ?

Tout d’abord, il faut comprendre que l’échange d’actions entre particuliers permet de donner une valeur à l’entreprise : par exemple au moment où nous écrivons ces lignes l’action Facebook vaut 285 dollars. Il y a environ 2.9 milliards d’actions au total, Facebook est donc valorisée aujourd’hui à près de 820 milliards de dollars. C’est à dire que si vous vouliez devenir le propriétaire exclusif de Facebook, il faudrait en théorie débourser 820 milliards de dollars !

Nous avons déjà compris que ce montant n’a pas de lien avec l’argent que possède effectivement l’entreprise dans ses caisses (Ikea ne gagne pas plus d’argent si ses collections précédentes se vendent très cher sur Leboncoin). Cependant, nous allons voir qu’une valorisation plus ou moins élevée peut tout de même affecter indirectement le fonctionnement de l’entreprise.

Le risque de rachat

Pour reprendre l’exemple de Facebook, vous comprenez bien que racheter la totalité de l’entreprise n’est pas à la portée de n’importe quel particulier, entreprise ou institution. Avoir une valorisation élevée permet donc de se protéger d’un éventuel rachat.

En revanche si une entreprise voit son cours de bourse chuter suite à des mauvaises nouvelles (ou sur un malentendu, les mouvements de bourse ne sont pas toujours rationnels), elle devient plus accessible à un rachat, même par un concurrent !

Cela peut conduire à des histoires assez incroyables : au début des années 2000 le constructeur Porsche est en excellente santé financière et commence à acheter des parts dans le groupe Volkswagen, jusqu’à en prendre graduellement le contrôle. Mais coup de théâtre en 2009 : cette fois c’est Porsche qui se retrouve en difficulté notamment à cause de dettes élevées. A l’été, Volkswagen retourne la situation en rachetant Porsche ! Détail amusant, il y a derrière cette affaire une rivalité familiale entre les présidents respectifs des deux sociétés qui sont cousins !

Un autre exemple est celui du rachat d’Elf par Total en 1999, dont le récit palpitant est relaté par les Echos.

Les actions comme monnaie d’échange

Toujours dans le contexte de fusions et d’acquisitions, une entreprise peut choisir d’en acheter une autre par échange d’actions. Supposons que Danone veuille racheter votre entreprise de vente de crevettes à domicile. Plutôt que de piocher dans ses liquidités ou d’emprunter à la banque pour réaliser l’opération, elle peut décider de vous offrir (et aux autres actionnaires) des actions Danone en échange de vos actions. Dans cette situation, plus la valeur de Danone est élevée, plus l’opération lui est favorable : elle donnera alors une plus petite part de capital.

Pour prendre un exemple plus proche de notre réalité, vous savez peut-être que Facebook a racheté WhatsApp en 2014 pour 19 milliards de dollars. C’est un montant titanesque. Mais parmi cette somme, « seulement » 5 milliards ont été payés en cash et le reste a été payé par des actions Facebook.

Rémunération des dirigeants

Les dirigeants d’entreprise sont souvent en partie rémunérés en un certain nombre d’actions d’entreprise (vous entendrez notamment parler de stock-options). La valorisation de l’entreprise est dans ce cas directement liée à la rémunération du dirigeant. Dans ces conditions, il a tout intérêt à aligner ses objectifs avec ce qu’attendent les marchés : typiquement s’il arrive à accroître la rentabilité de la société, les investisseurs voudront acheter l’action, faisant monter son prix, et donc la rémunération du dirigeant (et par la même occasion de tous les actionnaires).

Résumons

Pour acheter des actions, il existe le marché du neuf (primaire) ou celui de l’occasion (secondaire).

Le marché neuf permet de financer réellement l’entreprise, lors d’opérations d’augmentation de capital. On donne de l’argent à la société en échange d’un morceau de sa propriété.

Cependant, la plupart du temps on achète les actions sur le marché de l’occasion : dans ce cas on ne donne pas d’argent à l’entreprise, on ne contribue pas directement à son fonctionnement. Ces opérations ne sont toutefois pas déconnectées de la vie de l’entreprise : ces échangent permettent de valoriser la société et il existe des effets indirects :

  • l’entreprise est plus ou moins vulnérable aux rachats
  • l’entreprise peut utiliser ses actions comme « monnaie » d’échange pour acheter des entreprises
  • la rémunération des dirigeants et des actionnaires (dont vous-même) et impactée par la valorisation de l’entreprise

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